Attention partagée en formation : comment éviter la surcharge cognitive ?
Durant un parcours, qu’il soit déployé en e-learning ou en présentiel, nous faisons fréquemment appel à des infographies ou des schémas. L’objectif est louable : aider l’apprenant à visualiser les liens entre des notions complexes.
Cependant, la simple présence d’un visuel ne garantit pas la compréhension. La manière dont ce support est construit a un impact direct sur le cerveau. En ingénierie pédagogique, il existe un piège redoutable : l’attention partagée en formation.
Qu’est-ce que ce phénomène biologique et comment concevoir des supports qui respectent nos limites cognitives ?
Le piège de l’attention divisée
L’effet d’attention partagée se produit lorsqu’un apprenant doit traiter simultanément plusieurs sources d’informations complémentaires mais physiquement séparées (par exemple, un graphique complexe et un texte explicatif situé sur une autre page, ou un schéma avec une légende numérotée en bas d’écran).
Les recherches de Ayres et Sweller (2014) sur l’effet d’attention partagée ont formellement démontré ce mécanisme. Lorsque l’apprenant doit faire des allers-retours visuels constants entre un schéma et sa légende pour en comprendre le sens, il subit une surcharge immédiate de sa mémoire de travail.
L’espace mental est alors monopolisé par le déchiffrage du document, ce qui laisse peu de ressources pour l’apprentissage réel. C’est exactement le même principe de surcharge que nous avons évoqué dans l’article sur la conception d’une vidéo pédagogique efficace.
Éviter l’attention partagée en formation : 3 bonnes pratiques
Pour optimiser les ressources attentionnelles de vos apprenants et sécuriser l’assimilation du contenu, je vous recommande d’appliquer ces trois règles d’ergonomie cognitive :
1. Intégrer le texte au cœur de l’image (Contiguïté spatiale)
Bannissez la pratique scolaire de la figure numérotée (Exemple : « A », « B », « C » sur le schéma) qui renvoie à une légende placée en bas ou sur le côté du document.
- La solution : Placez vos textes explicatifs directement à côté des éléments graphiques qui leur correspondent. Cette contiguïté spatiale limite les mouvements oculaires épuisants. Les informations à traiter ensemble sont présentées au même endroit, ce qui soulage immédiatement la mémoire de travail.
2. Éliminer la charge décorative
Il est tentant de rendre un support « joli » en y ajoutant des illustrations annexes, des logos omniprésents ou des cadres esthétiques. En neurosciences, on appelle cela la charge extrinsèque.
- La solution : Optez pour des visuels épurés et minimalistes. Supprimez tout élément graphique qui ne sert pas directement l’objectif pédagogique. Moins le cerveau a d’éléments à filtrer, plus il est performant.
3. Exploiter l’interactivité en e-learning
Le digital learning offre des outils puissants pour gérer le flux d’informations. Au lieu d’afficher un schéma saturé de texte, utilisez le principe de l’image cliquable.
- La solution : Créez des infographies où des fenêtres « pop-up » s’ouvrent au clic de l’apprenant pour apporter une précision. Ces fenêtres sont des éléments rétractables : l’apprenant les ouvre à son rythme et les referme quand il n’en a plus besoin. Cela favorise d’ailleurs son engagement actif dans la découverte du support.
Le design graphique doit toujours être au service de la cognition.
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